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Mis Ă  jour : avr. 29

Comment réinventer nos pratiques à l’heure du télétravail ?


Depuis le début du confinement qui a commencé il y a maintenant plus d’un mois et demi, les articles fleurissent sur l’impact du télétravail à la fois sur les travailleurs, et sur les évolutions des domaines d'exercice. Dans ce contexte particulier, nous souhaitions vous donner à voir ce que le télétravail a changé pour nous, tout en tentant d’en tirer des conclusions plus générales sur la pratique de l’urbanisme transitoire et de la concertation à l’heure du confinement, mais aussi sur l’après.


Nos activités portent à la fois sur des actions d’urbanisme transitoire, dans l’espace public comme dans des bâtiments vacants, mais également sur des démarches de concertation et plus largement d'assistance à maîtrise d'usage. Il est évident que ces domaines, comme beaucoup d’autres, sont particulièrement affectés par l’impossibilité d’organiser des évènements ouverts au public, de travailler sur le terrain au contact de la population. Voici comment les différentes phases de notre travail ont été impactées et les solutions que nous avons choisies.


Diagnostic urbain Ă  distance :

Dans le cadre d’un concours pour un projet de rénovation urbaine porté par un aménageur dans la périphérie parisienne, nous avons mené un travail de diagnostic sur le territoire du projet. Habituellement, La Belle Friche privilégie un diagnostic sensible sur site afin de comprendre les ambiances, de recenser les usages et de pouvoir échanger avec les usagers en direct. Tout cela étant évidemment rendu impossible aujourd’hui, nous avons adapté notre méthode en privilégiant tout d’abord le recensement et la prise de contact à distance avec des acteurs locaux grâce à un travail de veille médiatique et une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Conséquence imprévue de ce confinement, les personnes contactées se sont montrées plus disponibles et à même de consacrer du temps à nos études par visioconférence ou bien par téléphone. Les démarches d'enquêtes sociologiques fonctionnement donc plutôt bien dans un contexte de confinement et les sujets sont davantage ouverts à l'échange d'informations sur leurs comportements/pratiques. La distance n’a pas non plus empêché l’utilisation de certains de nos outils habituels : récits habitants, cartographie des usages, représentation des cheminements usagers...


Concertation 2.0 :

Nos projets en cours sur le volet concertation ont eux aussi vu leur approche remodelée. Les plateformes de concertation en ligne, en plein développement ces dernières années (particulièrement suite à l’initiative de la plateforme Decidim développée à Barcelone), semblent être un outil pertinent dans ce contexte. Ainsi, la mise en place d’une telle plateforme dans nos projets en cours permet d’engager la démarche de concertation et de mobilisation avec un effet d’annonce, et de préparer le terrain par des premières enquêtes auprès de la population. Nous réfléchissons également à l’utilisation d’autres outils : peut-on imaginer des ateliers de concertation, des formations ou conférence en webinar ? Cela pose cependant la question des personnes peu ou pas connectées et du risque d’exclusion d’une partie de la population, qui devra être prise en compte si un tel procédé devait être mis en place, qui pourrait être pensé en lien avec d’autres outils de concertation (appels téléphoniques, courriers…).


Un espace public sans public ?

Si des initiatives de réappropriation de l’espace public se multiplient aujourd’hui (piétonnisation et développement de pistes cyclables entre autres) un effort de prospective s’impose : il semble que les lieux de rencontre et de rassemblements en “intérieurs” resteront fermés plus longtemps. Mais l’envie de se retrouver ne disparaît pas, bien au contraire. L’espace public pourrait alors devenir encore plus qu’à l’accoutumée un espace de rencontres sociales et citoyennes. Evidemment, cela nécessite une organisation et des aménagements particuliers, en terme de distanciation physique et de respect de règles de sécurité sanitaire. L’article de Vraiment Vraiment est à ce titre éclairant en donnant des pistes de réflexion sur un espace public capable et adaptable.


“La pression sur l’espace public va être d’autant plus forte que les espaces sociaux “intérieurs” seront rares : si les lieux culturels, les centres commerciaux, les cafés, les PMU, restent fermés, s’il fait particulièrement chaud cet été (nous en sommes au 5ème mois d’affilé supérieur de 5° à la moyenne des 50 années précédentes), si les vacances de l’été sont largement amputées par la reprise des activités économiques, l’espace public devra être pensé pour accueillir nos envies de fête, de spectacle, de jeu, de flânerie.” (Demain (maintenant) l’espace public, Vraiment Vraiment, site web Autrement Autrement, 25/04/2020, https://autrementautrement.com/2020/04/21/demain-maintenant-lespace-public/)



Plus que jamais, il nous semble que l’urbanisme transitoire se présente comme piste de solution face aux défis actuels ? En effet, les aménagements temporaires permettent une construction de la ville plus itérative avec des investissements moins coûteux, en testant des dispositifs répondant aux récentes mesures de sécurité (mobilier, commerces extérieurs, pistes de vélo, terrains de sport individuels). Cette capacité d’adaptabilité est donc essentielle à l'aune du contexte incertain dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui.

Notre mission commencée en 2019 qui consiste à animer des terrains sportifs et espaces publics dans un quartier parisien en QPV (Python-Duvernois 20°) par un lieu de vie est ainsi l'opportunité pour nous d'explorer toutes ces pistes. D'autant plus qu'il y a urgence à accompagner les populations vulnérables dans ce contexte de pandémie (retard scolaire, confinement difficile, rejet de l'Etat...).

A suivre...


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